Entretien avec BRIT BENNETT

Battements de cœur

Un premier roman très réussi, d’une jeune auteure américaine prometteuse qui n’a pas froid aux yeux. Elle aborde les thèmes de la sortie de l’enfance, de l’amour dans tous ses états, de l’avortement, des choix auxquels on est parfois confrontés dès la sortie de l’adolescence et qui nous hantent ensuite de nombreuses années. À lire sans hésiter.

Par NATHALIE IRIS, Librairie Mots en marge, La Garenne-Colombes

Deuxième sélection du Prix Femina 2017

Deuxième sélection du Prix Médicis 2017

 

Nous sommes aux États-Unis, dans une petite ville de Californie, de nos jours. Nadia a 17 ans, sa mère vient de se suicider, son père est effondré de douleur. L’été sera difficile à passer. Nadia rencontre alors Luke, le fils du pasteur. Ils tombent amoureux et Nadia se retrouve enceinte au bout de quelques mois. Elle prend la décision d’avorter, sans en parler à personne sauf à Luke, puis part étudier à l’université. Lorsqu’elle revient, à la fin de ses études, elle retrouve sa meilleure amie, Aubrey, mais de nombreux changements sont intervenus entre-temps. Nadia pourra-t-elle longtemps garder secrète la blessure de l’avortement qu’elle porte en elle ? Est-elle devenue si indifférente à Luke, comme elle s’en persuade elle-même ? Quant à Luke, éprouve-t-il toujours des sentiments pour Nadia ? Et Aubrey, qui rêve d’avoir un enfant avec Luke, y parviendra-t-elle ? Ce roman explore les méandres des sentiments, de l’amour, du désir d’enfant, du renoncement, de la difficulté à devenir adulte. époustouflant.

 

PAGE — Le Cœur battant de nos mères est ce magnifique premier roman qui connaît un énorme succès aux États-Unis. D’où vous en est venue l’inspiration ?
Brit Bennett — J’ai passé mon enfance et mon adolescence dans une petite ville très semblable à celle que je décris dans le livre, dans laquelle les communautés religieuses jouaient un rôle social important. Ma mère est catholique et mon père est protestant, et le point de départ de mon inspiration a été mon intérêt pour une communauté religieuse. Plus particulièrement, j’étais fascinée par la manière dont les jeunes gens peuvent s’intégrer dans une communauté, quel est le poids de celle-ci sur leur jeune vie. Par ailleurs, je savais depuis ma plus tendre enfance que je voulais devenir écrivain. J’écris depuis l’âge de 7-8 ans, toutes sortes de textes, j’ai toujours adoré raconter des histoires. Petit à petit, cette histoire-là est née dans mon esprit, et dès que j’en ai eu le temps, je me suis mise à travailler dessus.

P. — Justement, vous êtes très jeune, comment vivez-vous ce succès ?
B. B. — Je suis la plus jeune de ma famille et j’ai toujours été habituée à être la plus jeune dans de nombreuses situations. Je suis donc en quelque sorte habituée à cette réalité, cela fait pour ainsi dire partie de ma vie actuelle. Je suis très heureuse du succès de mon roman, et le fait que je sois jeune n’est pas quelque chose de majeur pour moi. Il me semble que j’ai une grande maturité par rapport à mon âge, justement parce que je fréquente des gens qui sont plus âgés.

P. — Dans votre livre, les trois personnages principaux, Nadia, Aubrey et Luke, sont de jeunes adultes.
B. B. — Oui. Je trouve que cette période de la vie est particulièrement intéressante. C’est le moment où l’on fait (ou l’on croit faire) des choix qui vont ensuite vous suivre toute votre vie. Dans le cas de Nadia, elle a terminé l’université, elle ne sait pas vraiment dans quelle direction elle va orienter sa vie, elle porte ce lourd secret de l’avortement, la perte brutale de sa mère, son père retranché dans son chagrin. Et pourtant, elle doit bien décider dans quelle direction aller. Aubrey, quant à elle, a pris un autre chemin (que le lecteur va découvrir au fil des pages), mais ce n’est pas si simple que ce qu’elle avait pensé au début. Quant à Luke, il est ballotté par des sentiments contradictoires, pris entre sa famille et notamment sa mère, et ses attirances sentimentales.

P. — Votre roman parle aussi beaucoup d’amitié.
B. B. — C’est vrai, c’est au centre du roman, notamment l’amitié entre Nadia et Aubrey. La question est : est-il possible de garder un lourd secret tout en entretenant une amitié très forte avec quelqu’un ? Cette histoire du secret m’a été inspirée par ma propre expérience. À la fac, j’avais une amie proche et j’ai découvert plusieurs années après que sa mère était morte quand elle était jeune. Mon amie ne voulait pas en parler, pour elle c’était trop difficile. C’est la même chose pour Nadia, elle a peur qu’Aubrey la juge pour ses actes. D’autant qu’Aubrey rêve de tomber enceinte. Je pense personnellement que c’est dommage de ne pas se dire les choses. Tant de quiproquos et de souffrances pourraient être évités, juste si on se parlait, si on se faisait confiance, à soi-même et aux autres. Pour revenir à l’amitié entre Nadia et Aubrey, je voudrais ajouter que ces deux jeunes filles sont très différentes l’une de l’autre, en termes de personnalité. Elles sont presque complémentaires, et pourtant chacune regarde l’autre avec admiration. C’est cela, pour moi, l’amitié, à la fois la proximité et la différence.

P. — Parlez-nous de l’histoire d’amour entre Luke et Nadia.
B. B. — Nadia vient de perdre sa mère. Son père est incapable de s’occuper de sa fille. L’amour qu’elle va ou croit trouver auprès de Luke va lui permettre d’affronter la douleur, va en quelque sorte la sauver, je pense. Quant à Luke, c’est probablement une manière pour lui d’échapper au poids de sa famille et à ses difficultés personnelles. Les premières amours laissent toujours une forte impression, d’autant plus dans ce cas précis. D’ailleurs Luke et Nadia ne s’oublieront jamais.

P. — Et maintenant, où en êtes-vous de votre travail d’écriture ?
B. B. — D’abord, le livre va donner suite à un film qui est en cours d’adaptation. Je suis très contente. À présent, je viens juste de me remettre à l’écriture d’un nouveau roman. Maintenant, c’est mon métier, l’écriture : j’ai la chance de pouvoir en vivre et j’en suis très heureuse.

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Lu et conseillé par :

  • Librairie Maison de la presse à Haguenau Nadine LEIMACHER
  • Librairie La Page Suivante à Lyon Catherine OHANESSIAN
  • Librairie Montmartre à Paris Julie UTHURRIBORDE
  • Librairie Page et Plume à Limoges Aurélie JANSSENS
  • Librairie Mots en marge à La Garenne-Colombes Nathalie IRIS
  • Librairie Le Carnet à spirales à Charlieu Jean-Baptiste HAMELIN
  • Bibliothèque/Médiathèque de Sarrebourg à Sarrebourg Yolande BASTIAN
  • Librairie Sauramps à Montpellier Muriel BALAY
  • Librairie Des Canuts à Lyon PHILIPPE MONNIER
  • Librairie Le livre et la tortue à Issy-les-Moulineaux Eva HALGAND
  • Bibliothèque/Médiathèque La Bulle à Mazé Marie LENOIR
  • Librairie Le Pain des rêves à Saint-Brieuc Magali MOHAMED
  • Librairie Le Passeur de l'Isle à L'Isle-sur-la-Sorgue Maria FERRAGU
  • Librairie Quai des mots à Épinal Marina SAUVAGE
  • Librairie L'Écriture à Vaucresson Anaïs BALLIN
  • Librairie Maison de la presse à Haguenau Anne-Laure BOURGARD
  • Librairie L'arbre à lire à Sartrouville Marianne DOTHIER
  • Librairie Jonas à Paris Audrey ANDRIOT