Les Sœurs Hiroshima

Les Sœurs Hiroshima a été publié au Japon pour la première fois en 1973. Curieusement, il n’avait jamais été traduit en français. L’auteure, lors d’un travail de collectage auprès des survivants de l’attaque nucléaire, a rencontré Akiko, l’héroïne du roman, dont elle nous livre la terrible histoire.

Par ISABELLE RÉTY, Librairie Gwalarn, Lannion

En ce matin du 6 août 1945, à Hiroshima, au Japon, Akiko, 15 ans, et sa grande sœur, se préparent à vivre une journée ordinaire dans leur pays en guerre. Elles sont seules dans la maison familiale. Leur mère est allée se réfugier à la campagne chez des parents, avec leur petit frère à la santé fragile. Leur père est parti un mois plus tôt chercher une cargaison d’algues dont il fait le commerce au nord du pays. Ce matin-là, Akiko a obtenu l’autorisation de ne pas se rendre à l’usine où elle travaille à cause d’une légère blessure à l’œil. Les deux sœurs se chamaillent gentiment, avec la douceur et la bienveillance qui leur sont coutumières, font des projets d’avenir et parlent du mariage prochain de Grande Sœur. Elles s’apprêtent à prendre leur petit-déjeuner. L’odeur des brioches qui cuisent à la vapeur embaume la cuisine. Les deux filles se connaissent par cœur et goûtent au bonheur d’être ensemble lorsqu’un « éclair, terriblement solitaire, éclata sans bruit, tel un feu d’artifice ardent ». Une bourrasque brûlante s’engouffre alors dans la maison avec une force phénoménale et Akiko se retrouve projetée à plusieurs mètres dans la cuisine. Quand elle reprend ses esprits, elle est ensevelie sous les décombres de la maison et découvre que sa sœur est sérieusement blessée à la jambe. Elles parviennent à s’extirper des gravats et découvrent un paysage calciné, des gens à terre, blessés, brûlés, morts, d’autres nus, aux vêtements soufflés et qui errent hagards dans les rues. Au milieu de ce chaos, le silence. Un silence glaçant de fin du monde. Personne à ce moment ne sait ce qui vient de se passer à Hiroshima, personne ne comprend que les Américains viennent de larguer au-dessus de cette ville japonaise la première bombe nucléaire. Avec d’autres survivants, Akiko et sa sœur s’organisent et se prêtent mutuellement assistance en attendant des secours. La vie s’organise au fil de la journée, les gens boivent l’eau des puits et cuisinent des potirons, les seuls végétaux à avoir résisté à la boule de feu. Les filles trouvent un abri pour la nuit avec d’autres gens du quartier et, au matin, le 7 août, le jour d’après, le réveil est brutal. L’horreur de la réalité saisit les habitants qui commencent à comprendre ce qui s’est passé la veille. Le contraste entre le chaos qui règne et la douceur de l’écriture de Mariko Yamamoto est saisissant et ne peut que remplir le lecteur d’émotion. Ce récit des vingt-quatre premières heures après la bombe, à travers l’histoire de deux sœurs, est poignant, juste, authentique et jamais larmoyant. L’histoire de ces survivants est exemplaire dans leur solidarité, leur dignité et leur bienveillance les uns envers les autres, malgré les traumatismes, les blessures et les morts. Ce texte arrive à point nommé au moment de notre histoire contemporaine où des « grands » de ce monde s’invectivent et brandissent l’arme nucléaire comme ultime menace. L’histoire inoubliable d’Akiko, comme un symbole pour dire non, plus jamais ça !

Lu et conseillé par :

  • Librairie Gwalarn à Lannion Isabelle RÉTY