Homo Deus

Est-il possible d’imaginer, à défaut de prévoir, le futur de nos sociétés à partir de leur passé ? Une question à la fois passionnante et primordiale, mais particulièrement difficile à traiter. Après Sapiens (Albin Michel), Yuval Noah Harari s’attaque à notre futur et le décrypte avec brio !

Par JÉRÉMIE BANEL, Librairie Fontaine Victor Hugo, Paris

Tous ceux qui ont lu Sapiens depuis sa sortie et son succès en 2015 le savent parfaitement : ce livre est un événement et son auteur possède un véritable talent, tant de synthèse que de narration. Le tour de force consistant à embrasser avec autant de clarté une histoire aussi complexe que celle de l’espèce humaine est sans équivalent. C’est donc peu dire qu’Homo Deus était plus qu’attendu. Pensé comme une forme de « suite », il compose un diptyque éclairant. En essayant de répondre à la question du sens de nos vies futures face aux bouleversements qui s’annoncent, Yuval Noah Harari apporte sa contribution aux débats de société sur le numérique, le transhumanisme, etc. En replaçant ces questions dans le temps très long de l’évolution, il donne à sa réflexion une ampleur bienvenue. Car finalement la question n’est pas tant de jouer au devin, en imaginant sous forme de pure fiction un futur, idyllique selon les uns, apocalyptique selon les autres, mais surtout de tendre un miroir à ses contemporains. La rupture profonde en cours, caractérisée par la toute-puissance de l’espèce humaine, devenue pour le meilleur et pour le pire capable de faire plier le monde sous sa force, se doit d’être appréhendée et pensée avant que ses effets ne se manifestent pleinement. Les bénéfices sont évidents et structurellement, l’humanité n’a jamais aussi bien vécu, mais la course en avant technologique doit être pensée et questionnée. On passe donc en revue les grands choix qui se posent ou se poseront dans les années à venir : la bioéthique, le transhumanisme, le pouvoir des grandes firmes du numérique, l’émergence du Big Data, etc. Ce livre est donc tout à la fois une plongée dans l’inventivité et les potentialités que nous offre l’avenir, en même temps qu’une sérieuse mise en garde, ou du moins un appel à une prise de conscience. Sous des abords simplement techniques et technologiques, c’est l’essence même de notre commune humanité qui risque d’être profondément modifiée. Il est donc nécessaire de s’approprier ces questions pour savoir comment, par qui et surtout dans quels buts ces innovations qui s’annoncent vont se produire. Les laisser se développer sans contrôle, sans tenter de comprendre ou appréhender leurs effets potentiels, c’est prendre le risque de voir se réaliser les pires cauchemars de science-fiction. Se tenant sur une crête particulièrement étroite, ni catastrophiste ni technophile béat, Yuval Noah Harari propose ici une réflexion ample et fournie de décryptage de notre monde, comme peu en sont capables : la profondeur historique qu’il ajoute à ses raisonnements y est pour beaucoup, son talent pour mettre en scène la recherche et faire vivre son sujet font le reste et composent ce livre événement. Sapiens démontrait que sous ses aspects linéaires, le passé était une succession de bifurcations de l’évolution et donc de disparition d’autres futurs possibles. C’est précisément ce genre de moments que nous vivons et que, pour une des premières fois dans l’Histoire, nous sommes en mesure d’appréhender, entre autres grâce à ce genre d’ouvrages.

Lu et conseillé par :

  • Librairie Librairie Soie à Uzes Caroline PEREZ
  • Librairie Le Pain des rêves à Saint-Brieuc Magali MOHAMED
  • Librairie L'Écriture à Vaucresson Pascal LIONETTI
  • Librairie Maison de la presse à Rueil Malmaison Stéphanie FOUCHER
  • Librairie Privat à Toulouse Christine MILHÈS
  • Librairie Le Comptoir à Santiago (Chili) Maryline NOËL
  • Librairie Fontaine Victor Hugo à Paris Jérémie BANEL
  • Librairie Nicole Maruani à Paris Eve BOHU
  • Librairie du Théâtre à Bourg-en-Bresse Lydie ZANNINI
  • Librairie L'Étagère à Saint-Malo (Paramé) Brice VAUTHIER
  • Librairie La Petite Marchande d’histoires à Uzerche Mathilde BOUDINET