Des cadeaux décadents

Amateurs d’œuvres d’art, de mots sophistiqués, de cynisme, d’humour noir désespéré, de névroses, légèrement misanthropes, nostalgiques d’un monde passé, ne vous reconnaissant pas dans celui qui est, dans celui qui vient : venez célébrer votre angoisse existentialiste et plutôt quatre fois qu’une avec Huysmans.

Par AURÉLIE JANSSENS, Librairie Page et Plume, Limoges

Pour Noël, mes chers amis désespérés, vous ne ferez pas la tête entre le fromage, le dessert et les discours complotistes de votre oncle saoul, car vous aurez la chance de vous plonger dans l’un des cadeaux de Noël proposés par les éditions Gallimard. En effet, ils ont décidé de célébrer le grand écrivain pessimiste et décadent, Joris-Karl Huysmans. Il fait son entrée dans le Panthéon de la littérature, le Saint des Saints : la « Bibliothèque de la Pléiade ». Ce volume (orchestré par André Guyaux, professeur de littérature française du XIXe siècle à la Sorbonne, ainsi que Pierre Jourde, écrivain et critique littéraire) regroupe ses romans et nouvelles publiés entre 1876 et 1895, du roman naturaliste Marthe, histoire d’une fille à celui qui suit sa conversion au catholicisme En Route. Le respect de l’ordre chronologique permet de suivre l’évolution de l’auteur qui créait souvent ses personnages comme des doubles fictionnels, enfermés dans leurs névroses. Huysmans maniait une ironie mordante, un humour noir, ne trouvant souvent comme consolation à son dégoût de l’existence que sa passion pour l’art. Il est à rappeler que, s’il travailla toute sa vie dans un bureau du ministère de l’Intérieur, avant et en parallèle de sa carrière d’écrivain, Huysmans fut aussi critique d’art. « Joris-Karl Huysmans critique d’art – De Degas à Grünewald », une exposition au musée d’Orsay jusqu’au 1er mars 2020, sous le regard de Francesco Vezzoli, artiste et réalisateur italien, met en avant ce travail dont Gallimard nous propose le catalogue d’exposition. Huysmans admirait aussi Manet, Gervex, Caillebotte, Forain, Odilon Redon puis sa conversion le mène à se tourner vers les tableaux de Charles-Marie Dulac qui a lui aussi vécu une crise mystique et cherchait Dieu dans la beauté de ses créatures. Outre ses critiques d’art, la beauté des tableaux n’est jamais loin dans ses romans. En témoigne son chef-d’œuvre, À Rebours, où son héros Des Esseintes, dégoûté du monde et de ses contemporains, se retire dans un pavillon dans lequel il réunit les œuvres les plus précieuses à ses yeux. Œuvres qui sont publiées en regard du texte. Enfin, si vous voulez prolonger cette expérience esthétique par un peu de poésie en prose, vous trouverez, dans la collection « Poésie/Gallimard », Le Drageoir aux épices, son premier recueil publié en 1874 à compte d’auteur. Et comme le dit le fameux proverbe de mon invention : « Un peu d’esprit fin de siècle sous le sapin fait toujours beaucoup de bien ! ».

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Lu et conseillé par :

  • Librairie Page et Plume à Limoges Aurélie JANSSENS
  • Librairie Au Brouillon de culture à Caen Valérie BARBE
  • Librairie Terre des livres à Lyon Sarah GASTEL
  • Librairie Masséna à Nice Manon TÉZIER
  • Librairie La Madeleine à Lyon Juliet ROMEO